Non, toutes les ruptures de coiffe ne doivent pas être opérées. Une rupture récente et traumatique avec perte de force justifie toutefois un avis rapide. Une rupture dégénérative bien tolérée peut souvent commencer par une infiltration échoguidée, de la kinésithérapie et une surveillance.
Deux histoires très différentes
La rupture traumatique
Elle apparaît après une chute, une traction ou un effort inhabituel, avec douleur et faiblesse nouvelles. Si le patient ne peut plus lever correctement le bras, une consultation rapide permet de confirmer la lésion et d’évaluer sa réparabilité. Lorsqu’une réparation est indiquée, le Dr Baumann cherche généralement à intervenir avant trois mois, sans présenter ce délai comme une frontière biologique absolue.
La rupture dégénérative
Elle se constitue progressivement sur un tendon fragilisé par l’âge et les contraintes. De nombreuses ruptures restent compatibles avec une bonne mobilité et une vie active. Chez une personne de plus de 65 ans qui bouge bien, dort correctement et conserve une fonction satisfaisante, le traitement médical est souvent privilégié.
Le traitement médical d’abord
Il associe adaptation des activités, kinésithérapie, auto-rééducation et parfois infiltration sous contrôle échographique. Son objectif n’est pas de « recoller » le tendon, mais de réduire la douleur, maintenir les amplitudes et renforcer les muscles capables de compenser. Une réévaluation clinique et radiologique régulière peut être proposée.
Ce que doit montrer l’imagerie
Une IRM ou un arthroscanner analyse la taille de la rupture, la rétraction, la trophicité musculaire et l’infiltration graisseuse. Le bilan recherche aussi une arthrose gléno-humérale ou acromio-claviculaire, une atteinte du biceps, du labrum ou d’autres tendons. Les radiographies restent utiles pour apprécier l’architecture osseuse et une éventuelle omarthrose.
Quand la chirurgie devient-elle pertinente ?
- Rupture traumatique récente avec déficit fonctionnel.
- Douleur persistante malgré un traitement médical bien conduit.
- Perte de force ou restriction gênant réellement la vie quotidienne, le travail ou le sport.
- Tendon encore mobilisable et muscle de qualité suffisante.
- Patient informé et prêt à s’investir dans une récupération longue.
La réparation est réalisée par arthroscopie, le plus souvent avec un montage adapté à la taille de la lésion et à la qualité du tendon. Des gestes associés peuvent être nécessaires : bursectomie, acromioplastie sélective, ténodèse ou ténotomie du biceps, réparation partielle ou résection acromio-claviculaire.
Et si le tendon n’est pas réparable ?
La décision définitive peut parfois être prise pendant l’arthroscopie. Si la qualité tendineuse ne permet pas une fixation fiable, il vaut mieux éviter une réparation vouée à l’échec. Une réparation partielle ou des gestes antalgiques sur la bourse, l’acromion et le biceps peuvent néanmoins améliorer les douleurs. Dans les ruptures massives, d’autres solutions peuvent être discutées selon l’âge, la fonction et l’arthrose.
La bonne décision n’oppose pas systématiquement « opération » et « abstention ». Elle met en balance le bénéfice attendu, la biologie du tendon, les risques et les objectifs personnels.
Chirurgie de l’épaule et de la main